L’esprit pragmatique est entré depuis la fin des années 1990 dans l’esprit des gouvernants, des administrations mais aussi de nombreux citoyens. Fini, le  » Grand Soir  » qui devait tout changer.  Cette expression se retrouve dans la littérature au XIX éme siècle, en 1870, au moment de la Commune de Paris. L’idéal du « Grand Soir » devait loger les plus pauvres dans les appartements des riches au soir de la révolution. ( Histoire de l’Utopie de Jean Servier, Paris, Nrf 1967 Le Grand Soir, un mythe de fin de siècle de Maurice Tournier). Les écrivains  faisaient référence à la fuite des hébreux du pays d’Egypte.  Ils décidèrent un soir, inspiré par Moïse, de rompre avec leur esclavage et de retourner en terre promise.  Cette idée vient donc d’une volonté d’utopie. Or la difficulté des gouvernements à renverser la table et l’échec de certaines révolutions ont détourné une partie de la population comme des gouvernements de ces idéaux. La peur de quitter un état, une situation confortable et prendre le risque d’un appauvrissement a contenu les aspirations vers un monde meilleur. L’esprit pragmatique vient détourner de nouvelles vie. Ainsi peuple et gouvernements estiment que la société idéal apparait impossible en considérant les nécessités quotidiennes , se nourrir et payer ses charges. Il devient difficile à un gouvernement comme à des citoyens de voir un horizon meilleur quand le seul est celui du court terme.

La pandémie de Covid-19 a mis une partie de l’économie à l’arrêt mais les gouvernements se sont efforcé de ne pas l’arrêter. La grande distribution, le commerce en ligne ont continué à fonctionner. Le temps de la fermeture, les gouvernements ont subventionné les commerces fermés et espèrent qu’une reprise de la consommation permettra de limiter des fermetures définitive. Cette situation pose une question existentielle. L’économie est-elle incapable de s’arrêter totalement?   Une question délicate pose une difficulté aux communes mais aussi aux ministère de l’économie, celles de loyers des commerçants, des restaurants et des bars.  Est-ce-que les commerçant peuvent cesser de payer leurs loyers en raison de l’impossibilité d’ouvrir leurs locaux? La question a été posé dans un quotidien Suisse. Il est intéressant d’observer le point de vue de ce pays car le patronat avait demandé à ce que l’activité économique reprenne ses droits rapidement.  Aujourd’hui la Suisse a décidé d’ ouvrir ses stations de ski contrairement à la France ou l’Italie faisant le choix de l’économie.  Reprenons les déclarations du patronat Suisse qui montre que dans l’esprit d’une société capitaliste la mise à l’arrêt et une vie différente est impossible. Ces déclarations émanent du compte Twitter d’un élu vert du Canton de Neuchâtel qui cite le centre patronal Suisse.

 »  Il faut éviter que certaines personnes soient tentées de s’habituer à la situation actuelle , voire de se laisser séduire par ses apparences insidieuses:  beaucoup moins de circulation sur les routes, un ciel déserté par le trafic aérien, moins de bruit et d’agitation, le retour à une vie simple et à un commerce locale, la fin de la société de consommation.. Cette perception romantique est trompeuse, car le ralentissement de la vie sociale et économique est en réalité très pénible pour d’innombrables habitants qui n’ont aucune envie de subir plus longtemps cette expérience forcée de décroissance. La plupart des individus ressentent le besoin , mais aussi l’envie et la satisfaction de travailler, de créer, de produire, d’échanger  et de consommer. On peut le faire plus ou moins intelligemment et on a le droit de tirer quelques leçons de la crise actuelle. Mais il est indispensable que l’activité économique reprenne rapidement et pleinement ses droits. »

Le président du patronat français, Geoffroy Roux de Bézieux  ne s’éloigne pas de ses propos mais de façon plus modéré sur la radio Europe 1 le 29 Novembre 2020 lorsqu’il rappelle que les français sont attachés à leurs travail.

La question des loyers des commerçants montre bien qu’une économie d’échange ne peut s’arrêter. En effet,  Selon la régie suisse des commerçants le local étant devenu défectueux en raison de son utilisation impossible, le loyer doit être réduit à néant. Toutefois cet argument ne tient pas selon l’avocat Marc Lynedjian, avocat au barreau de Genève  » le propriétaire n’est pas tenu de fournir des garanties sur des éléments qui sont hors de sa sphère d’influence« .  (Le Temps 25 mars 2020) Or une décision de fermeture du commerce par les autorités ne dépends pas du propriétaire. Le loyer doit donc continuer à être réglé.  Selon le maire de Cergy, dans le Val d’Oise, la seule solution est de négocier une réduction ou une suspension des loyers avec son propriétaire. La situation du commerçants est donc renvoyé aux consentements des parties. C’est pour cette raison que la vente à emporter et le  » click and collect » a été introduit pour éviter que les commerçants ne soient sans revenus.

L’obligation de payer le loyer semble empêcher la possibilité d’envisager une nouvelle société. Cette nouvelle société pourrait se traduire par moins de délégation et plus de  » faire ». Ainsi les habitants d’un immeubles pourraient organiser la vie de leur immeubles sans le déléguer à un syndic professionnelle. Cette situation passe également par une simplification législative des lois régissant la copropriété des immeubles bâties pour laisser la possibilité aux habitants de créer leur propre normes. Cette nouvelle société viserait à remplacer une société financière par une société plus coopérative.

Toutefois le système économique ressemble à une roue qui peut ralentir mais ne peut s’empêcher de tourner. Ainsi même si certaines personnes ne pouvaient travailler, d’autres personnes continuaient  de travailler en présentiel ou à distance par le télétravail. ( Livreurs, chauffeurs routiers, médecins et infirmières, service de ramassage des déchets, distribution de l’eau et de l’électricité mais aussi gestion des immeubles comme les copropriétés ou les bailleurs). La crise sanitaire a touché un système économique et ce système économique qui y réponds avec ses outils.

Néanmoins la mis à l’arrêt d’une autre partie de la population peut entrainer une prise de conscience de la fragilité d’un système économique basé sur la production et la consommation. L’urgence de préserver l’environnement, l’eau, la qualité de l’air et la terre peut-elle renforcer le désir de renverser la table et de faire le  » grand soir écologique » et rompre avec une politique des  » petits matins » , des  » petits pas » pragmatique mais inefficace?

 

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